Le poète a tiré sa révérence!

LE POETE A TIRE SA REVERENCE !

RADO abandonne sa plume. Hospitalisé depuis un certain temps, son cœur s'est arrêté hier matin. L'une des figures emblématiques de la littérature de la Grande île s'est éteinte. Georges Andriamanantena, alias RADO, tire sa révérence à l'âge de 85 ans. Doyen de l'Académie malgache et président d'honneur de l'Havatsa Upem (Union des poètes et écrivains Malgache), il a laissé une veuve et six enfants, dont quatre filles et deux garçons lesquels ont engendré pour le poète 26 petits et arrière petits-enfants.

L'amour, Dieu et la Patrie, trois thèmes qui lui sont chers. Un parolier de renom et un poète engagé, la vraie particularité de RADO réside dans son universalisme. La beauté de ses textes basés sur la fraternité qu'il prêche et celle de toute l'humanité est née de son sentiment de partage. Il a approfondi ce sentiment pour donner le goût de la poésie à ses compatriotes.

Le poète à laissé un héritage inégalable pour le peuple malgache tout entier. A noter que l'éminent membre de l'Académie malgache a sorti dix ouvrages contenant ses poèmes. Toujours souriant, RADO a tissé des liens étroits avec les artistes de la Grande île. Pour preuve, en 2007, quelques artistes comme Solo Andrianasolo, Fanja Andriamanantena, Bodo, Bessa, Poopy, Rija Ramananantoanina, etc.... ont montré leur solidarité en aidant sa famille à recueillir des fonds pour son évacuation à l'étranger lors de la première crise cardiaque.

Georges Andriamanantena est né le 1er octobre 1923 à Ankadivato dans le quartier d'Antananarivo situé à l'est du Palais de la Reine. Il entra en 1929 à l'École officielle de Faravohitra, puis continua ses études à l'École d'Ambohijatovo Atsimo (de 1933 à 1941) et les termina au Collège Paul Minault en 1942.

Un poète éclectique ouvert à toutes les notions : famille patrie, politique… Georges Andriamanantena est le dernier fils des cinq enfants du pasteur Gaston Andriamanantena et de Razafindrafara. Dès son jeune âge, son père qui eut beaucoup d'influence sur son parcours littéraire, lui inculqua le goût de la langue et des valeurs anciennes malgaches, l'initia aux toriteny (sermon) ainsi qu'au kabary (discours) et à la musique. Il développa ses connaissances avec des enseignants émérites comme le pasteur Ravelojaona connu pour son patriotisme et Alphonse Ravoajanahary, un des premiers romanciers de la littérature malgache moderne. Il entre dans la vie active comme comptable dans une société d'assurances (La Préservatrice) à Tananarive mais n'y resta pas longtemps car son goût de l'indépendance l'incite à quitter ce travail pour rejoindre son frère Célestin Andriamanantena à la rédaction du journal Hehy (Rire). Il exercera ce métier de journaliste dans un premier temps jusqu'en 1966. Il n'a interrompu cette collaboration que pour poursuivre ses études à l'École de journalisme de Strasbourg en 1960. En 1961 lors de la énième saisie de leur journal, il écrit son célèbre poème « Ry fahafahana » (Ô Liberté). Pendant une dizaine d'années il travaillera à la maison d'édition protestante d'Imarivolanitra. Il reprendra pendant deux ans son métier de journaliste, de 1976 à 1978, puis sera employé par le ministère de la Culture et de l'art révolutionnaire. Son premier recueil, paru en 1973 sous le titre « Dinitra » (Sueur) et préfacé par son frère, contient tous les thèmes chers à Rado. On y trouve des poèmes sur l'apartheid en Afrique du Sud, sur les luttes fratricides notamment en Rhodésie, sur la guerre du Vietnam. Comme, « Mahazo maty » (Tu peux mourir maintenant) écrits en mai 1972 et inspirés par la manifestation des étudiants. Il appuyait la jeunesse porteuse d'espoir et il ne craignait pas non plus de mettre en cause les pouvoirs en place.

RADO peut être considéré comme l'un des meilleurs poètes engagés malgaches dans tous les sens du terme. Chaque situation d'injustice éveille en RADO des sentiments de honte, d'impuissance et de révolte. Mais, dès lors qu'on s'attend à y trouver des lamentations et des cris de désespoir, ses poèmes sont au contraire des hymnes d'espoir. Outre la poésie, il possède des dons incontestés pour la musique et la peinture. RADO a composé une vingtaine de chants religieux qui sont connus à travers l'Ile et même à l'étranger, non seulement par les protestants, pour qui ils ont été composés mais par tous les Malgaches.

Source : L'Express de Madagascar.

HOMMAGE d’un frère !

Elève (1995-1997), puis, dix ans après, directeur de l’Ecole des Frères Saint Joseph Andohalo (2005-2007), j’ai eu la chance d’avoir rencontré ce grand poète. Le professeur de Malagasy de l’époque, Mme RAHARISOA, avait l’habitude d’inviter les hommes célèbres de la littérature malgache lorsque le programme tendait à finir et que la fin de l’année scolaire se profilait à l’horizon. C’était ainsi que notre promo a pu connaître RADO en personne, et recevoir de lui quelques enseignements sur la littérature et la philosophie malgaches.

Directeur de ladite école, j’ai été encore honoré par la demande d’un professeur de Malagasy, Monsieur Jean RAKOTOMALALA, d’inviter le célèbre poète RADO pour un temps d’échanges et de débats avec les élèves de la Terminale. Ma réponse se dessinait visiblement sur mon visage et quelques temps après, l’illustre invité était venu dans nos murs. Quelle joie pour moi de l’avoir accueilli à notre portail en forme d’arcade, puis dans mon bureau. De loin comme de près, je voyais un homme d’une simplicité extraordinaire. Il était vieux mais d’un visage rayonnant dont les rides pouvaient symboliser les valeurs culturelles malgaches. Et soudainement, je faisais un rapprochement rapide avec l’école, la plus ancienne de la ville, et je me disais que cet homme devait être l’un des rares témoins de l’évolution et de l’épanouissement de notre école, qui célébrait cette même année son 140ème anniversaire.

RADO était pour moi non seulement un poète, mais surtout un « Raiamandreny », c'est-à-dire… un père. Je ne sais pas si le mot « père » pourrait le traduire mais, il était tout simplement celui-là qui, à sa manière, a réussi à vivre et à incarner la culture et la philosophie malagasy.

La mort de RADO ne doit pas nous laisser indifférents. Elle doit être une prise de conscience pour le peuple et surtout pour tous les artistes malgaches. Si un jeune de 18 ans apprécie ce que RADO a fait pour le pays et qu'il pleure sa mort, il doit se dire : il me reste 67 ans pour faire mieux que ce poète a réalisé.

Sit tibi terra levis !

Makarios                                                                                                                www.makarios.e-monsite.com

Commentaires (2)

1. Makarios (site web) 02/01/2013

Malheureusement, je n'ai pas sa photo...mais je pense que ce n'est pas difficile à trouver!!! bien à vous!!!

2. tinasoa 05/02/2009

Je cherche la photo de Emilson Daniel ANDRIAMALALA

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